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La loi du 25 février 2005 qui met en avant le rôle positif de la colonisation fut un événement discursif à l’origine des controverses sur le bilan de la colonisation. L’auteur analyse ici les conditions de production et de dicibilité des discours qui mettent en avant les méfaits ou bienfaits de la colonisation.
L’élargissement du domaine du ‘dicible’ politique quant à la positivité de la colonisation, tient à plusieurs facteurs. Il n’est pas uniquement imputable à l’activisme des réseaux nostalgiques de la colonisation, il est aussi bien le fruit d’un petit groupe de députés de droite en mal de reconnaissance au sein de leur parti, que du relais parlementaire de certains députés qui usent du courtage auprès des associations de harkis et de rapatriés.
Cette levée de tabous est rendue possible par la disparition graduelle de la mémoire anti-OAS (Gaullistes historiques notamment) et la mutation rapide des dynamiques factionnelles internes au PS et au RPR dans les années 90.
L’on ne s’étonne donc pas des déclarations tous azimuts, dignes des gazettes coloniales du XIXème siècle, sur le rôle civilisateur de la colonisation, et du mythe du colon pionnier aux mains nus défrichant une terre ingrate et apportant le savoir et la modernité à un peuple inculte et sauvage.
La demande de mémoire suscite aussi d’autres intérêts. Sa prise en charge administrative « sécrète en effet autour d’elle un espace d’intéressement : Dès lors que se trouve délimité un nouveau domaine de ressources, les fonctionnaires et les experts sollicités pour le gérer trouvent un intérêt professionnel objectif à accréditer la validité du discours de mémoire qui le fonde […] Le projet de mémoire devient ainsi source de profit, matériel autant que symbolique ».
Ce retour au colon a généré un débat sur la concurrence entre les mémoires politiques du ‘fait colonial’ qui décante sur l’immigration. D’où la querelle sur la pédagogie de l’intégration républicaine qui, pour certains, a échoué pour avoir passé sous silence les origines coloniales de l’immigration. Les enfants issus de l’immigration sont vite devenus, à la faveur de la crise de banlieue d’octobre 2005 ; les « enfants issus de la colonisation ». Y a-t-il continuités historiques entre pratiques coloniales et gestion de l’immigration aujourd’hui ? « Assigner à la matrice coloniale l’origine de l’ensemble des discriminations administratives et policières qui s’exercent dans les quartiers populaires, c’est finalement, soutient l’auteur, se dispenser à bon compte de penser, dans le renouvellement permanent de leur fonctionnalité sociale, les fabriques contemporaines des racismes ordinaires ». Les jeunes impliqués dans les émeutes d’octobre 2005 ne mobilisent en rien la référence au passé colonial, ils dénoncent les discriminations dont ils sont l’objet. L’idée du ‘colonial’ derrière le ‘social’ s’inscrit dans la frénésie des demandes de mémoire, tant et si bien qu’on demande repentance et réparations là où il faut combattre les discriminations.
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°109, Déc 2006.