La fracture coloniale
La société française au prisme de l’héritage colonial
par Pascal Blanchard, Nicoals Bancel, Sandrine Lemaire (dir.)

Editions La Découverte, Paris, 2005.




La persistance des représentations coloniales est due en partie à «  l’absence de rupture du regard et des stéréotypes dont la perpétuation doit beaucoup à l’absence de canaux qui permettraient de socialiser l’analyse historique de ces représentations », et partant, de décoloniser les imaginaires. Ce livre collectif (plus de vingt contributions) procède précisément au dévoilement du déni du fait colonial qui caractérise la société française, aussi bien dans le recherche et l’enseignement que dans l’espace politique et médiatique.
Y sont analysés principalement les prolongements contemporains du passé colonial, et les effets de l’histoire coloniale sur les pratiques d’intégration/immigration.
C’est une vérité, en France, le passé ni ne passe ni se pense. Le fait colonial se dit dans une confrontation de mémoires concurrentes où l’on bute contre les ressacs des mémoires. Fractures des mémoires entre ceux qui soutiennent la « positivité » de la colonisation et ceux qui souhaitent que soient reconnus l’oppression, l’exploitation et les crimes coloniaux.
Pour penser la postcolonialité, il est nécessaire de « comprendre comment les phénomènes engendrés par le fait colonial se sont poursuivis, mais aussi métissés, transformés, résorbés, reconfigurés… ».
De ce livre, la République n’en sort pas indemne. Il met à jour les noces historiques entre les cinq républiques et le fait colonial. Elles ont toujours fait bon ménage avec la colonisation.
Aujourd’hui, le politique glorifie « l’œuvre » coloniale par la loi du 23 février 2005.
On comprend pourquoi les exclus de l’intégration, les « sauvageons » de Jean-Pierre Chevènement, et « la racaille » de Nicolas Sarcozy, continuent de vivre « leur présent comme la reproduction indéfinie de ce passé ».

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°108, juin 2006.