La République s'admire dans des vêtements imaginaires. Y.M. Boutang lui révèle, dans ce livre décapant, sa nudité criante. Les mots Liberté, Egalité, Fraternité, restent des effets de manches, creux à souhait. Il suffit d'une révolte de banlieues pour que les démons qu'on a cru longtemps dépassés reviennent à la charge. Comme l'affaire du voile, les émeutes des banlieues donnent l'occasion aux plus insoupçonnés de racisme de s'en adonner à satiété. La racaille rappelle le bicot et le rital. Et pour couronner le tout, ces révoltes tombent au moment où le colon civilisateur revient à la mode.
Plus désespérants sont ces intellectuels roquets (gauche comprise), ces fast-thinkers logés à la télé crasse, venus en renfort pour dénigrer les jeunes révoltés lors qu'il est dans leur rôle d'essayer d'en comprendre les tenants et les aboutissants.
Voilà une république daltonienne, autruche, dont la cécité est sans commune mesure devant la réalité d'une société mâtinée de communautés qu'elle fabrique inlassablement tout en les décrétant invisibles.
Et la gauche ? Elle reste aphone, préoccupée par son retour éventuel au pouvoir quitte à vendre son âme.
C'est plus le modèle français d'intégration qui a brûlé que quelques carrosseries fumantes.
C'est la casse sociale, le mépris et la discrimination qui a généré ces révoltes. D'autres viendront si l'on n'y prend garde.
A charge pour la République de se rhabiller en se confectionnant des habits aux couleurs de la société.
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°107, Décembre 2005.