Edisud, 2000, 255 p.
Chaïb Yassine, L'émigré et la mort, Edisud, 2000, 255p. La mort attriste. Celle de l'immigré dérange. Le projet du retour depuis logntemps enterré, c'est mort qu'il s'en retourne. Mal-né, mal-mort. La mort est le flagrant échec du projet migratoire. L'appréhension du mourir des immigrés dans la société d'accueil est des plus pathétiques. Comment meurt-il? Coment et où s'inhume-t-il? Et les sépultures brinquebalant dans les aéroports? Marchandise au travail, le marché de la mort le rattrape, etla concurrence y est aussi rude qu'acharnée sacrifiant souvent l'éthique religieuse à l'implacable économie de la mort. La mort frappe l'immigré avant l'heure: violence, suicide, accidents de travail, interminables maladies produits de la condition migratoire. Et quand l'heure vient sans crier gare, se pose le lieu de la sépulture, le mode d'inhumation qui ne tarit pas d'innovations funéraires. Si la religion du sol appelle le lieu de sépulture afin de partager la mort avec les siens (aïeux), signe de réconciliation avec la communauté indissociable de la terre natale, le lieu de résidence réclame aussi sa sépulture (mariage mixte, enfants vivant en France...) qui ne sait à quelle terre se vouer. Sans doute la multiplication des carrés de cimetières est l'ultime sens donné à la migration pour éviter un retour post-mortem. Et quand c'est le cas, on surenchérit sur le mode d'inhumation comme pour se racheter d'une immigration sans terme. Il faut dire que le rapatriement des corps ressemble à un démenagement funéraire. Les formalités administratives sont lourdes: subir les soins thanatopraxiques (pour retarder le processus de décomposition du corps) exigés pour le curriculum mortis. Le laissz-passer mortuaire est aussi compliqué qu'une délivrance de carte de séjour. Le rapatriement des sépultures transforme les aéroports en aérocorps, à l'exemple de l'aéroport de Marseille devenu, de ce fait, la plus grande mosquée de France avec ses images de valises et de cercueils s'entrechoquent dans la même soute à bagages, où le défunt se dénude de son seul bien: la parure de la bière. En somme, si partir c'est mourir un peu, pour l'immigré, mourir c'est se départir de l'immigration crasse, avec la rage dans l'âme ou peut-être... la paix de l'âme?
Achour Ouamara
Revue Ecarts d'Identité, n°97, automne 2001.