L'auteur analyse le mutisme électif, l'absolu silence choisi par l'enfant en dehors de la famille, notamment à l'école. A partir de cas cliniques, tous édifiants, elle fait la genèse de cette maladie de la langue en parcourant le trajet migratoire et les conditions sociales des parents. Les figures de ce silence (silence-repli, silence-compromis, silence-révolte, silence-fusion) s'articulent, dans une séparation exacerbée, entre le dedans protecteur, "peau groupale", que constitue l'espace de la maison où l'enfant parle sa langue maternelle, et le dehors hostile que représente la langue sociale (ici le français). D'ailleurs, la cause de la plupart de ces cas cliniques provient de l'arrachement brutal de l'enfant à cet espace familial (l'hospitalisation par exemple).
Mais, c'est aussi et surtout la déresse
des parents (souvent monolingues et très isolés) quant à leur exil et à la non
reconnaissance sociale de leurs langues maternelles, qui est endosséé par l'enfant,
comme si, par fidélité linguistique, celui-ci redoutait de trahir les siens en
s'investissant dans la langue-autre (la langue sociale) :
"le trait le plus constant à toutes les histoires d'enfants est le le silence comme frontière invisible entre deux territoires : l'un familier, où l'on se sent bien et que l'on veut préserver, et l'autre, le territoire social, qui fait peur" (p. 199). Témoin ces frères qui, pour s'intimer le silence, se ferment la bouche avec la main en quittant le seuil de la maison. L'auteur conclut que seule la reconnaissance des langues maternelles dans précisément l'espace social, extra-familial, est suceptible de délier la langue sociale chez ces enfants, puisqu'elle leur permet de sortir de ce clivage spatial et linguistique sans porter le fardeau du reniement de la langue parentale, qui est à la base de ce mutisme électif.
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°76, mars 96.