La venue de l'étranger,
Revue DEDALE, n°9 & 10, automne 1999.
Editions Maisonneuve & Larose.

Avec 643 pages, et pas moins de 79 articles, la Revue Dédale reste, avec ce dernier numéro, fidèle à elle-même. Chaque thème qu'elle aborde, pour ne pas dire qu'elle (dé)borde, est mont(r)é) en prisme à travers le temps et l'espace, tant et si bien qu'en faire un compte rendu s'avère aussi dédalesque que de résumer le Pentateuque. Allons-y tout de même. Précisément, c'est notre père à tous, Abraham, qui inaugura l'exil, et dont le neveu, Loth, ira jusqu'à offrir en échange ses filles à la lubricité des Sodoméens venus s'en prendre à ses hôtes. La Bible regorge d'exemples d'hospitalité, la tragédie grecque n'est pas en reste. L'hospitalité pré-et-post -islamique n'est plus à démontrer (le prophète Mohammed fut un émigré), la poésie l'a cousue à coups de vers décrivant l'accueillant jeûner pour rassasier son hôte.
Il n'y a pas de mythe qui ne soupçonne derrière l'errant un Dieu déguisé flairant un manquement. Mais détrompons-nous, depuis la sentence de Yahvé " tu n'opprimeras pas l'étranger ", l'hospitalité a toujours rimé avec hostilité. Philoxénie et xénophobie alternent comme le Bien et le Mal, à cette précision près que l'homo sapiens que nous sommes avons un penchant invétéré à plus haïr qu'à aimer. On subodore toujours de l'étrangeté dans l'étrangèreté. Au delà du message biblique, tout un chacun ne tolère son prochain que dans la mesure où il consent à devenir le même, bref se convertir. Sauf qu'il est illusoire d'absorber l'altérité. L'étranger ne cesse de venir, quand bien même s'éprendrait-il de sa terre d'exil qu'il grave avec le burin de l'errance. Peut-il être objet d'amour ? Pour aimer, il faut se souvenir de l'avoir été. Du reste, l'étranger procède de l'extraction, à trop vouloir tirer sur son identité il s'attire quelques coups de dents. Très souvent, il n'a pas besoin d'être expulsé, il s'expulse de soi-même. Parfois même du temps. Et être étranger au temps est plus terrible qu'être métèque d'un lieu.
L'étranger doit aussi la disgrâce de son altérité à la tentation toujours renouvelée de fermer l'universel par ceux qui (con)fondent l'universalité avec leurs pré-carrés nationaux et culturels.
Et l'étranger en nous, diriez-vous ? Heureux et veinard l'homme greffé d'un cœur de femme !

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°92, mars 2000.