On a coutume de parler indistinctiment de l'immigration sans éprouver le besoin de l'approfondir quant à ses orgines régionale et linguistique, ceci est particulièrement vrai pour l'immigration maghrébine.
Le nø 1179 d' "Hommes et Migrations" nous offre l'occasion d'appréhender ce qui fait la spécificité de l'immigration kabyle à la lumière de l'histoire algérienne et des rapports franco-algériens. Cette immigration a souvent été l'objet de controverses axées principalement sur le problème de la reconnaissance identitaire, tant en Algérie qu'en France à travers sa politique d'intégration des langues et cultures d'origine. C'est pour en comprendre l'effet que les articles de ce numéro tentent d'analyser : 1. la sollicitation de la France coloniale qui, en dépaysannisant les Kabyles, en forma le gros bataillon de l'immigration au début du siècle (cf. A. Sayad et M. Khellil); 2. les conséquences de la "crise berbère" qui secoua le mouvement national en 1949 quant à la définition de l'identité algérienne (cf. R. Redjala); 3. l'alignement de la France sur les politiques linguistiques du Maghreb, qui ont délibéremment fait de la langue berbère la parente pauvre face à la langue arabe (cf. S. Chaker).
La situation de l'immigration kabyle, doit s'apprécier, aujourd'hui, à la décantation de ces trois dimensions historiques, que ce soit au niveau du tissu associatif (cf. M. Harzoune), du problème d'intégration des femmes (cf. C. Lacoste-Dujardin), ou de la riche production musicale kabyle (cf. M. Mahfoufi).
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°69/70, juin/sept. 94.