Je, nous et les autres
Etre humain au delà des appartenances

par François Laplantine
Editions Le Pommier, 1999

Identité, origine, représentations, que de notions affligeantes, selon l'auteur qui, dans ce livre, les passe au crible avec toutefois quelques raccourcis que nous ne manquerons pas de souligner ici. En effet, l'auteur prend pour base la quête enivrante de l'identité et des origines - qu'il dé-monte à juste titre - pour fustiger toute forme d'identité. Si d'aucuns conviendraient qu'il faut "se désingulariser pour s'universaliser", et que l'identité qui comble et ravit, promue en "label d'existence", peut mener à l'intolérance, pour autant, n'en déplaise à l'auteur, il est des identités qui permettent moins la séparation que la relation. Du reste, l'auteur fait l'impasse sur les apports de la psychanalyse quant aux processus d'identification nécessaire à la constititution psychique du jeune enfant. Certes, le réel est hétérogène, incertain, mouvant, polyphonique et déroutant, il échappe à toute représentation qui veut faire coincider le mot et la chose, substantialiser ainsi l'identité, l'origine et la quête impossible des racines que l'histoire ne cesse d'étioler, il demeure (c'est notre objection) que l'identité, pour être précisément mouvante, peut - excepté l'intégrisme identitaireÿ- procéder de l'addition. On est loin de la conception soustractive, négative, de l'identité à laquelle l'auteur réduit toutes les identités en jetant en quelque sorte le bébé avec l'eau du bain. Et "ce qu'on appelle 'perte' de références identitaires ou encore 'problème' identitaire doit être salué comme la redécouverte de l'inquiétude et de la richesse du divers". Comment ne pas souscrire à cette assertion ? Mais de quel divers s'agit-il ?

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°89, juin 99.