Le spectre du communautarisme
par Laurent LÉVY
Démocritique, Paris, 2005, Editions Amsterdam.

Le mot « communautarisme » charrie un consensus négatif. Il est devenu une injure. En vérité, il fonctionne comme « un grigri idéologique », un écran à la pensée qui lui interdit toute distance critique, en s’épargnant d’examiner « les mécanismes sociaux objectifs tendant à communautariser la société, se bornant confortablement à dénoncer l’écume d’un discours introuvable ».
La communautarisation est consubstantielle à toute société. Il n’y a pas de Robinson Crusoë. C’est, d’ailleurs, la discrimination de l’ordre majoritaire qui contraignent les individus à se communautariser pour y trouver la solidarité introuvable dans le groupe majoritaire.
L’anticommunautarisme, un bien partagé par toutes les sensibilités politiques, s’avère être le voile d’un communautarisme majoritaire, dominant, qui ne dit pas son nom ». Invisible parce que majoritaire, ce communautarisme impose l’invisibilité à tout ce qui n’entre pas dans le moule de la République de Procuste qui promeut la conformité à une France blanche, charcutière, capillaire (se dévoiler)…
Par ailleurs, la rhétorique anticommunautariste s’appuyant sur la mythologie républicaine, n’est pas contre les communautés, mais contre certaines communautés bien particulières. Pour preuve, le « communautarisme juif » en est épargné, sans doute est-ce « le prix que la conscience paie pour les drames de l’antisémitisme du passé ».

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°108, juin 2006.