Douar, une saison en exil
par Arezki Metref
Editions Domens Pézenas, 2005.


Un Algérien errant. Paris. La rage affûtée dans les semelles. L’identité insomniaque dans la gibecière.
Voilà l’enfant de l’indépendance chassé par les frères charognards qui aspirent le sang à même la terre hypothéquée, comme jadis le père fut arraché aux siens par la misère et la conscription.
Quel gâchis ! Faut savoir enterrer les illusions, « l’espoir a tourné comme du lait ». Le fleuve détourné devient marécage. Alger l’ex-blanche brode aujourd’hui le linceul. Femme fatale, on la fuit en la pleurant. L’exil vous charme avec sa bouée de sauvetage, il tait aussi ses multiples naufrages.
Bienvenue dans la gueule du loup, ô combattant de la liberté ! Tu t’useras en usager de l’exil. Agrège-toi aux bruits et aux odeurs de tes coreligionnaires. Laisse d’abord au vestiaire ton orgueil. Et attends. Attends. Attends. Attends le papelard. Attends le Sésame. Attends le gîte. Attends le couvert. Attends ! Bordel !
Pour autant, le souci de la panse n’anesthésie pas la pensée féconde. Il est des Algériens, à l’image d’Arezki Metref, qui s’enivreraient d’encre en se mourant. Revenus de tout, ils fêtent chaque jour que Dieu répugne à faire l’anniversaire de leur avenir.
Que de printemps tués !
Saison en exil.
Saison en enfer.
Nâal Dine Rrab !

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°108, juin 2006.