L'obsession des origines
vise aussi bien ceux qui
sacralisent leurs origines
dans une recherche éperdue de la
trace, que ceux qui enchainent
tout individu à ses origines en
dehors de toute détermination
historique. Car, précise, à juste
titre, l'auteur, «l'homme n'est
pas un arbre, et la trace de ses
origines n'est pas le tout de son
développement». Dans toute
transmission, il y a du détournement.
Mais cet ouvrage est avant tout
une réaction aux propos de l'écrivain Renaud Camus qui
s'offusquait dans un de ses livres («La
Campagne de France, Journal,
1994», publié en 2000), que
l'émission culturelle Panorama
diffusée sur France-Culture (dont un des animateurs se trouve être
Antoine Spire) était composée
quasiment de journalistes d'origine juive.
On se souvient de l'indignation et de la polémique que
suscita le livre de Renaud Camus, retiré d'ailleurs des librairies avant d'être remis en vente,
sans les phrases incriminées. Les
défenseurs des «grandes valeurs
françaises» vinrent à son secours,
et ce, parmi les plus insoupçonnés.
Antoine Spire saisit alors l'occasion pour mettre le doigt sur ce
qu'il appelle «l'antisémitisme de
plume» à la Barrès, Drieu La Rochelle et consorts,
une «tradition française aux sources de laquelle puise Renaud Camus».
Antoine Spire fait aussi un détour autobiographique en analysant
son rapport subjectif à la
culture juive. Ainsi, Son père
s'était converti au catholicisme
pour "passer, disait-il, du règne
de la Loi au règne de l'Amour".
On y découvre toute la complexité d'une identité au carrefour de
plusieurs cultures, un démontage
par l'exemple de la notion de
souche qui cache mal l'obsession de pureté.
On ne peut que partager l'indignation de l'auteur quant
au livre de Renaud Camus, barrésien
sans le style, qui ose parler de
«quotas sur les ondes de la radio
nationale, de l'inaptitude des Juifs
et des Musulmans à exprimer le
tréfonds de la culture française
ou du fait que les Tsiganes n'ont
pas le même rapport avec le sentiment de propriété que les
autres».
Dans la postface-annexe, Michel
Tubiana (Président de la Ligue
des droits de l'homme) résume
bien le fond de cette littérature
antisémite : «les ouvrages de
Renaud Camus transpirent une
conception élististe fleurant bon
une France mythifiée, et dont la
substance n'aurait pas évolué
depuis la baptême de Clovis».
A l'obsession et l'emballement
des origines, Antoine Spire oppose les vertus «des rapports
sociaux, de travail, de vie, de confrontation avec autrui, qui organisent son existence tout au long
d'un parcours dont d'autres hommes ont éventuellement fixé les
constantes et balisé les chemins»
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°105, 2004.