L'interculturalité est le lieu
de rencontres de différents
modes d'être et de pensée.
Quand, de surcroît, cette rencontre met aux prises un travailleur
social (prestateur) et un étranger-
usager (prestataire), la relation
devient des plus complexes tant
elle suscite des attentes de part et
d'autre qui peuvent, parfois, dé
boucher sur des malentendus.
C'est à cette tâche que l'auteur
rompu à l'interculturalité s'attelle dans ce livre pour en démêler
les écheveaux et mettre le doigt
sur un certains nombre de préjugés liés à la méconnaissance des
cultures dont sont originaires les
étrangers. Car, « l'interculturel
commence à partir d'un effort de
soi et de sa propre culture. Le
dialogue devient interculturel
quand le travailleur social s'efforce de s'intégrer à l'univers
culturel de ses interlocuteurs, non
pour devenir comme eux, mais
pour comprendre, et éventuelle
ment s'affronter à la logique des
conceptions et de comportements
différents du sien ». Révision
donc des principes classiques du
travail social dans l'espace
interculturel en interrogeant : 1.le relationnel (une bonne relation
implique à la fois qu'elle est
humaine, rassurante, et techniquement opérante) ; 2. les valeurs
(reconnaissance de l'usager dans
son individualité et au sein de
leur communauté à laquelle il est
sont lié ; 3. lever l'écran des représentations (prendre des précautions dans
l'usage de la mé
moire, traquer le préjugé colonialiste et l'éthnocentrisme ; 4.lutte contre la dépendance
communautariste et l'individualisme égoïste.
Le relationnel est primordial dans
le travail social surtout quant les
personnes étrangères sont originaires des cultures où le relationnel prime sur tout.
Il exige du
travailleur social un décentrement, un éloignement de ses propres
rivages familiers pour s'approcher d'autres rivages, se concilier des formes contradictoires
liées aux logiques culturelles
différentes. Tel est le défi quotidien du travailleur social. Quand,
par exemple, l'assistante sociale
est perçue comme une grande
soeur ou une mère, ce qui implique une perception des droits et
devoirs obéissant à des logiques
plus relationnelles que sociaux,
l'attente de l'usager, dans ce cas,
se place sur un autre registre qui
dépasse le domaine limité du travailleur social. La déception qui
s'en suit est incompréhensible si
l'on ne prenait pas en compte ces
logiques culturelles. La bienveillance à la culture de l'autre
veut qu'on réfléchisse sur le rapport de celui-ci à l'argent, au
travail, à la religion, à l'habitat, à
l'école, au corps, à l'alimentation, à la relation homme-femme.
Replacer ces visions du monde et
des rapports sociaux dans leur
contexte culturel permet au travailleur social d'entrevoir une
communication débarrassée des
préjugés, susceptible de ramener
l'usager de la coutume à la loi, et
à la citoyenneté. Car le travailleur
social est aussi un accompagnateur vers la responsabilité et la
citoyenneté. S'il n'est pas un
agent administratif (il ne lui appartient pas de veiller au respect
de l'application de telle ou telle
loi), en revanche, il est à même
d'expliquer le pourquoi de la loi
et les conséquences de son non
respect. C'est en cela qu'il a aussi
un rôle de pédagogue, d'intermé
diaire, qui place la culture du
compromis au coeur du travailleur social.
Le travailleur social est, en outre,
constamment pris en étau entre
les exigences des institutions, sa
propre éthique, la situation conjoncturelle de son intervention,
son rapport subjectif à l'objet de
son intervention.
On voit que l'espace interculturel
n'est pas de tout repos. D'où l'intérêt et la nécessité d'une formation à l'interculturel qui est à la
croisée de plusieurs disciplines,
afin de dépasser le danger de
l'éthnocentrisme, éviter les pièges d'une mauvaise communication,
acquérir des connaissances
sur les autres cultures et s'interroger sur la sienne propre,
se doter d'un réflexe interculturel qui
traverse la surface des conduites
pour atteindre la logique profonde
qui les préside.
C'est à ce prix que du « champ de bataille »
qui caractérise le dialogue interculturel « ne sortent
que des vainqueurs »
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°105, 2004.