La question interculturelle dans le travail social.
Repères et perspective.
par Gilles Verbunt
La Découverte, 2004.


L'interculturalité est le lieu de rencontres de différents modes d'être et de pensée.
Quand, de surcroît, cette rencontre met aux prises un travailleur social (prestateur) et un étranger- usager (prestataire), la relation devient des plus complexes tant elle suscite des attentes de part et d'autre qui peuvent, parfois, dé boucher sur des malentendus. C'est à cette tâche que l'auteur rompu à l'interculturalité s'attelle dans ce livre pour en démêler les écheveaux et mettre le doigt sur un certains nombre de préjugés liés à la méconnaissance des cultures dont sont originaires les étrangers. Car, « l'interculturel commence à partir d'un effort de soi et de sa propre culture. Le dialogue devient interculturel quand le travailleur social s'efforce de s'intégrer à l'univers culturel de ses interlocuteurs, non pour devenir comme eux, mais pour comprendre, et éventuelle ment s'affronter à la logique des conceptions et de comportements différents du sien ». Révision donc des principes classiques du travail social dans l'espace interculturel en interrogeant : 1.le relationnel (une bonne relation implique à la fois qu'elle est humaine, rassurante, et techniquement opérante) ; 2. les valeurs (reconnaissance de l'usager dans son individualité et au sein de leur communauté à laquelle il est sont lié ; 3. lever l'écran des représentations (prendre des précautions dans l'usage de la mé moire, traquer le préjugé colonialiste et l'éthnocentrisme ; 4.lutte contre la dépendance communautariste et l'individualisme égoïste. Le relationnel est primordial dans le travail social surtout quant les personnes étrangères sont originaires des cultures où le relationnel prime sur tout. Il exige du travailleur social un décentrement, un éloignement de ses propres rivages familiers pour s'approcher d'autres rivages, se concilier des formes contradictoires liées aux logiques culturelles différentes. Tel est le défi quotidien du travailleur social. Quand, par exemple, l'assistante sociale est perçue comme une grande soeur ou une mère, ce qui implique une perception des droits et devoirs obéissant à des logiques plus relationnelles que sociaux, l'attente de l'usager, dans ce cas, se place sur un autre registre qui dépasse le domaine limité du travailleur social. La déception qui s'en suit est incompréhensible si l'on ne prenait pas en compte ces logiques culturelles. La bienveillance à la culture de l'autre veut qu'on réfléchisse sur le rapport de celui-ci à l'argent, au travail, à la religion, à l'habitat, à l'école, au corps, à l'alimentation, à la relation homme-femme. Replacer ces visions du monde et des rapports sociaux dans leur contexte culturel permet au travailleur social d'entrevoir une communication débarrassée des préjugés, susceptible de ramener l'usager de la coutume à la loi, et à la citoyenneté. Car le travailleur social est aussi un accompagnateur vers la responsabilité et la citoyenneté. S'il n'est pas un agent administratif (il ne lui appartient pas de veiller au respect de l'application de telle ou telle loi), en revanche, il est à même d'expliquer le pourquoi de la loi et les conséquences de son non respect. C'est en cela qu'il a aussi un rôle de pédagogue, d'intermé diaire, qui place la culture du compromis au coeur du travailleur social.
Le travailleur social est, en outre, constamment pris en étau entre les exigences des institutions, sa propre éthique, la situation conjoncturelle de son intervention, son rapport subjectif à l'objet de son intervention. On voit que l'espace interculturel n'est pas de tout repos. D'où l'intérêt et la nécessité d'une formation à l'interculturel qui est à la croisée de plusieurs disciplines, afin de dépasser le danger de l'éthnocentrisme, éviter les pièges d'une mauvaise communication, acquérir des connaissances sur les autres cultures et s'interroger sur la sienne propre, se doter d'un réflexe interculturel qui traverse la surface des conduites pour atteindre la logique profonde qui les préside. C'est à ce prix que du « champ de bataille » qui caractérise le dialogue interculturel « ne sortent que des vainqueurs »

Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°105, 2004.