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par Geneviève Vinsonneau
Quelle identité se donnent les jeunes issus de l'immigration maghrébine dans la société française
actuelle ? L'appartenance à un groupe minoritaire, de surcroît doté de conditions relativement
désavantagées au plan économique et culturel, va-t-elle de pair avec l'édification d'une identité défavorable ? L'auteur traite ici des procédés identitaires, mécanismes de construction sociale de l'identité , chez ces jeunes. Après un survol des travaux traitant de la question, elle expose ses propres recherches, études croisées menées auprès des jeunes des deux sexes, d'âges divers, provenant de milieux économiques relativement homogènes mais d'origines variées.
La première étude (les jeunes étaient invités à attribuer à une série de portraits des valeurs
négatives, telles que la paresse, le vol, l'hypochrisie, l'incompétence, etc.)
confirme la tendance que les membres d'un groupe minoritaire ont à déconsidéréer leur groupe
d'appartenance, comparativement aux Français, même s'il faut souligner une variabilité des attitudes
selon la classe d'âge et selon le contexte de l'enquête.
Pour corriger cet artefact du contexte de l'enquête, l'auteur invite d'autres jeunes de même
catégorie sociale à commenter les résultats de la première étude.
Il en ressort que l'âge et la capacité d'analyser les conditions de l'enquête conditionnent pour
beaucoup les conduites. Les plus jeunes s'alignent globalement sur la première étude,
tandis que les réactions des adultes sont aussi bien structurées que critiques.
Il fallait, pour la troisème étude, saisir le positionnement de ces jeunes (cette fois-ci des entretiens auprès d'une population d'étudiants et de non étudiants) face aux Français de souche. Le fait d'être étudiant diminue le taux de dévalorisation du groupe d'appartenance et de surévaluation du groupe dominant.
La quatrième étude appelée "analyse du discours" a consisté à répertorier une série d'adjectifs valorisants et dévalorisants pour découvrir les mécanismes d'aut-valorisation et d'hétéro-valorisation (esprit logique, perspicacité, autorité, inexpérience, etc.). De toute évidence, les Maghrébins prêtent facilement les qualités socio-émotionnelles au groupe d'appartenance, tandis que les traits ayant un rapport avec la rationalité (esprit logique, efficacité, etc.) sont volontiers attribuées à l'hors-groupe (Français).
Il reste (c'est l'objet de la cinquième étude) à observer les réelles prises de rôle de chacun en situation interactive dans un contexte de travail d'équipe à l'Université.
En situation homogène (Maghrébins entre eux), les deux groupes se distinguent dans la recherche de la solution plus attestée chez le groupe de Français lors que les Maghrébins visent à la fois à faciliter les relations sociales et à désapprouver les propositions d'autrui.
Tandis qu'en situation hétérogène (Français et Maghrébins travaillant ensemble) les différences de comportement s'estompent si ce n'est que les Maghrébins accroissent leurs conduites d'affirmations et de recherche de solution à la tâche, et simultanément diminuent leurs conduites altruistes observées en situation de groupe homogène. Alors que la situation hétérogène incite plutôt les Français à être plus altruistes et moins assertifs.
L'auteur conclut que "si on met en rapport les pratiques des Maghrébins et les discours
qu'ils ont tenu sur leur identité (...), les stratégies d'assimilation et de compétition l'emportent sur
les dissociations. Il peut donc être pertinent d'analyser
leur situation en termes d'inégalités sociales".
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°78, oct.96.