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par Jean-William Wallet, Abdeljalil Nehas, Mahjoub Sghiri
Cet ouvrage collectif (trois contributions) s'intéresse particulièrement aux perspectives des jeunes issus de l'immigration en analysant leurs propres productions discursives sur leur identité. D'abord, leur identité tant galvaudée s'avère plus complexe qu'il n'y paraît. Face aux modèles identificatoires dont ils sont l'objet, ces jeunes s'en inventent d'autres où leur culture apparaît fragmentaire et plurielle. Ils mettent en oeuvre des mécanismes complexes tendant à dissocier l'"identité de principe" des parents des normes qui lui sont traditionnellement liées.
Cependant, ces jeunes ne présentent pas une conduite homogène qui en ferait un groupe ethnique indissociable. Au contraire, C'est l'hétérogénéité qui semble le plus caractériser leurs attitudes face à la culture d'origine et à la société d'accueil. Les résultats de l'enquête menée par M. Sghiri sur l'échec scolaire bat en brèche la théorie de la corrélation entre échec scolaire et particularité communautaire. Ils révèlent une disparité des résultats scolaires (de la médiocrité à l'excellence) qu'il ne faut imputer ni à l'handicap socioculturel, ni à une mécanique de reproduction sociale, et encore moins à une (in)aptitude innée chère aux théoriciens du don. Trois modèles familiaux expliquent cette disparité : 1) le modèle démissionnaire qui caractérise le groupe de familles où les parents (analphabètes) se déchargent de toute responsabilité quant au parcours scolaire de leurs enfants; 2) le modèle traditionnel contraignant désignant le groupe où les parents ayant bénéficié peu ou prou d'un enseignement scolaire dans le pays d'origine instrumentalisent l'école et la considèrent comme une structure dont le but est de préparer rapidement leurs enfants à un métier; 3) enfin le modèle tolérant qui désigne le groupe de familles ayant une volonté intense de changement et d'ascension sociale. On y adopte des conduites inspirées du modèle occidental.
Le jeune réussit ainsi selon le type de famille auquel il appartient. Mais on retrouve aussi cette disparité au sein d'un même type de famille, car un jeune peut emprunter les chemins de la "réussite" en suivant un parcours individuel. Ceci est particulièrement vrai pour les jeunes filles dont la réussite scolaire est un passeport pour fuir les pesanteurs familiales.
La troisième étude présentée dans cet ouvrage s'attache au vécu et aux attentes de ces jeunes auxquels on a proposé le test des trois personnages : les jeunes (au nombre de 64, répartis par sexe, en trois tranches d'âge, 15-16/17-18/19-22 ans, et en quatre niveaux de qualification) sont invités à choisir fictivement trois personnages et à leur assigner des attitudes, des conduites, des sentiments, etc. Le but du test consiste à "saisir comment les jeunes considérés, non seulement se projettent personnellement, mais aussi, envisagent leur avenir dans une relation sociale concrète ou idéalisée, fermée ou ouverte aux milieux interculturels et interethniques, et cela en fonction de leur appréhension actuelle du monde" (p.138).
Dans l'ensemble, le sens de l'ouverture est plus présent chez les filles que chez les garçons. Les personnages mis en scène sont rarement insérés dans une situation soci-professionnelle. Le bonheur est recherché dans les relations humaines et la reconnaissance mutuelle. Indépendamment des niveaux d'étude ou de formation, le sens de l'honneur, aussi bien chez les garçons que chez les filles, surclasse tous les autres sentiments. Les plus cultivés pressentent et anticipent les événements quand les moins cultivés ont tendance à les ressentir et à les subir. L'auteur (J-W Wallet) conclut que, majoritairement, "ces jeunes montrent par la fiction qu'ils aspirent à des expériences sociales : se laisser captiver par la société, ils le souhaitent, se faire capturer par elle, ils le refusent souvent, fût-ce au prix du sacrifice suprême" 'p.234).
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°79, déc. 96.