Psychanalyste de profession, Nazir Hamad s'intéresse ici à la présence/absence des origines dans la cure psychanalytique. L'immigré fait déjà un écart à sa culture d'origine en la quittant. Il s'expose " au risque de l'autre, de ses moeurs, de sa langue et de son miroir. Une exposition d'autant plus nécessaire qu'elle offre une grille de lecture de la différence qui permet de réexaminer ses propres références, de les réévaluer et de se restituer à la fois par rapport à elles et à son propre groupe ".
L'auteur écorne au passage l'éthnopsychiatrie qui enchaînerait l'immigré à sa culture d'origine en développant une psychanalyse spécifique à un groupe donné, et en cela elle s'apparenterait dans ses méthodes au chamanisme, d'autant que les références des immigrés à leurs origines (comportements, croyances, etc.) n'ont plus cours dans le pays d'origine. Les références à ces origines perdues, comme toute tentative d'en vouloir combler le vide " risque de chasser l'inconscient ".
Plus intéressante la dialectique langue d'accueil/langue d'origine mise en avant dans la cure. Ainsi, l'usage de la langue d'accueil " permet au sujet d'exprimer sa subjectivité là où la langue maternelle tend à se refuser à la modulation et à l'infléchissement. Une expression est rendue possible, d'autant plus que la langue de culture semble mieux se prêter à l'arrangement, de sorte que le travail final échappe à ce qui aurait pu choquer ou susciter la désapprobation dans la langue maternelle. Autrement dit, par le recours à la langue d'accueil, le sujet invente inconsciemment un procédé qui lui permet de dire et d'atténuer l'imapct de ce qu'il dit, un procédé
qui lui épargne un effort psychique en rapport avec l'inhibition ou la répression ".
Ainsi des femmes immigrées qui n'abordent qu'en français les problèmes liés à la sexualité (comme le Sida, par exemple), car les signifiants étrangers viennent " remplacer les signifiants de la langue maternelle dont la charge pulsionnelle est insupportable ".
La langue d'accueil facilite par ailleurs une approche de la névrose que la langue maternelle n'aurait peut-être pas admise. Elle permet au patient, par ses aménagements, de " négocier la sévérité des conflits archaïques ", car les objets et les valeurs " se désacralisent en s'inscrivant dans une langue profane ".
Des mots invités se glissent dans la langue d'accueil, d'autres, clandestins, s'imposent d'eux-mêmes, et qu'il faut prendre en compte. C'est par ce biais que l'inconscient emprunte à la langue d'accueil des " signifiants qui servent de ponts verbaux assurant l'accès à la langue maternelle ".
Achour Ouamara
in Revue Ecarts d'Identité, n°104, 2004.