Réagissez !

Extrait du
Voyage au bout de l'exil
de A. Wamara
Éditions L’Harmattan, Coll. Terrain, Récits & Fi>ctions, 2021.

    Exil, tu n’es pas un mal. Tu es une erreur. Tu es un compagnon de fortune qui féconde de travers mes mutilations. Je m’interdis de faire de toi une esthétique de la souffrance, ou te trouver bon gré mal gré de beaux traits qui justifieraient mes peines accumulées, mes déboires et pertes irrémédiables sur tes sentiers empruntés sans boussole. Non, je ne brevetterai pas les épreuves endurées sur tes flancs. Ce que j’ai acquis en toi, je te l’ai payé rubis sur l’ongle, ce que tu m’as pris en retour, seule la science du métrologue peut en mesurer l’étendue. Tu m’enlaidis plus que tu m’embellis. Peu reluisant est notre concubinage. Ton gai ramage n’éclipsera pas tes cruels ravages. D’une main tu m’as secouru, de mille pieds tu m’as piétiné. Tu fus mon chemin de croix semé d’illusions et de désillusions. J’avoue que tu n’as pas été à la hauteur de mes espérances. Il y a loin de la coupe aux lèvres !
    Tu es ma nuit qui rêve du jour, mon jour qui languit de la nuit. Tu m’es nécessité faite vertu, fourvoiement dessillant. Tu es ma plaie costale sans la promesse vaine d’une résurrection, tu es la forge où l’on soude compulsivement son âme à celle du diable avant de l’apprivoiser.
    L’exil n’a pas d’épilogue. Le voyage au bout de l’exil ne vient pas à bout de l’exil. C’est à ce bout, en funambule sans harnais ni filet de protection, que tu te mets à conjecturer sur son fruit (acide ou sucré ?), sur la mer agitée des regrets accrochés à tes basques de ce que tu avais manqué et de ce à quoi tu as manqué. Au final, tu te résous à punaiser sur le mur des ratés les épluchures de ton âme que tu peines à raccommoder. Que serais-tu devenu aujourd’hui si tu avais renoncé à l’exil ? Question idiote mais nécessaire. Nul ne peut le dire. Tous les exilés, quel que soit le motif de leur exil, partagent la condition exilique : euphorie de l’envol, prédation des chauves-souris, nostalgie de la chrysalide. Inutile d’en dresser le compte de pertes et profits. Le destin ne se prête pas au pesage binaire. Du reste, chacun a ses propres poids et mesures. Quoique, à faire la part des choses, on pencherait plutôt, et de loin, du côté d’un dépôt de bilan que d’un lit de roses. Sous l’emprise d’une colère rentrée, d’une honte mortifiante, d’une envie constante permanente et irrépressible de pleurer mille rivières de larmes.
    Malheur à toi, qui as tenté l’épreuve de l’exil, malheur à toi, qui te glorifies d’y avoir coloré ton âme.


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