par A. Wamara
26 juin 2023
Faire le bien et dire la vérité. Waouh ! Il faut être le Diable pour bouder le bien de ces vertus. Sauf que les philosophes se crêpent là-dessus le chignon depuis Maître Socrate. Je me demande comment je vais m'en sortir.
C'est bien de faire le bien mais, à vrai dire, faire le bien peut se retourner contre vous si vous ne le faites pas bien. Si je ne m'abuse, c'est Jules Renard qui a dit qu'il n'a pas d'ennemis car il n'a jamais fait de bien à personne. C'est un peu méchant, quoique ce ne soit pas loin de la vérité dans certains cas. Exemple : vous pouvez honnêtement faire un don à quelqu'un qui pourrait s'en offusquer s'il sent que vous le mettez dans une position d'obligé. Ça serait dans ce cas un don-affront. Si vous déposez une piécette dans la main tendue d'un mendiant en l'accompagnant d'une directive, genre "c'est pour t'acheter à manger et non t'éclater avec un litron", là vous exerceriez avec votre argent un pouvoir de contrôle que ne renierait pas Bolloré, et ça serait une sorte de don-subvention qui obligerait le donataire à vous faire un bilan de ses dépenses, passif/actif avec ticket du supermarché comme justificatif. Mortel !
On voit qu'il ne suffit pas de faire le bien, encore faut-il le faire bien.
Se pose la question suivante : trouve-t-on toujours un intérêt à faire le bien ou le fait-on en désintéressé ?
Quand un croyant fait selon les commandements le bien par des dons aux nécessiteux, il donne en même temps à Dieu, il fait donc d'une pierre deux coups : il soulage le nécessiteux d'un peu du fardeau de sa misère tout en escomptant une récompense dans l'au-delà, entre autres une place au premier rang au Paradis. Qui a dit que la religion est irrationnelle ? Je ne trouve pas plus rationnel que ça. Et ça n'est pas faire offense au croyant de dire qu'il obéit à son Dieu qui, en retour, le récompense de ses bienfaits. Même quand on fait le bien d'une façon anonyme, sans connaître le bénéficiaire, on en tire tout de même une gratitude car on est bien quand on fait le bien, mentalement parlant. Il y a donc toujours un intérêt à faire le bien, pourquoi s'en priver ?
Et la vérité dans tout ça ? Ah ! Encore un os ! À supposer qu'on sache ce qu'est la vérité, de là à la clamer urbi et orbi il y a un pas à franchir avec des pincettes. Les lanceurs d'alerte, tels Snowden et Assange, le paient très cher pour avoir révélé les mensonges des états voyous. Diriez-vous à votre ami-e que son conjoint le/la trompe ? Ne pas le lui dire c'est vivre dans le mensonge, le dire c'est sortir le couple d'une vie de mensonges mais c'est aussi risquer le drame de la désunion du couple sauf à espérer un pardon réconciliateur du conjoint cocufié. Imaginez que votre conjoint vous trompe, sans que vous le sachiez. Que penseriez-vous d'un-e ami-e qui le sait mais qui s'abstient de vous le dire, qui continue à festoyer avec vous et votre conjoint comme si de rien n'était ?
Alors, est-ce que toutes les vérités sont bonnes à dire ? Est-ce que c'est faire le bien de les dire ? Il est vrai que les vérités cachées deviennent vénéneuses (Nietzsche), mais les vérités révélées, ne serait-elles pas aussi vénéneuses ?
À tout bien considérer, je conseillerais, d'une part, faire bien le bien sinon s'abstenir, car faire mal le bien peut revenir à bien faire du mal, et d'autre part, de ne dire la vérité que quand c'est vraiment nécessaire, car dire la vérité quoi qu'il en coûte relève de l'héroïsme que seuls certains "élus" peuvent se permettre. Puissiez-vous être un des leurs !
C'est faible comme conseil, mais vaut mieux un demi-bien sans intérêt qu'un bien calculé, et on a intérêt à dire la vérité, toute mais pas à tous, plutôt que de se complaire dans le mentir/vrai.
Finalement, faire le bien n'engage que la personne qui en est la source, sans conséquences si ce n'est le ressenti de l'(in)gratitude, tandis que dire la vérité peut bousculer tout un collectif... pour son bien.
Telle est bien ma vérité.