Cherche extraterrestre désespérément.

par A. Wamara
26 mars 2023



Il y a des sociétés mortes comme il y a des langues mortes. Une langue morte, comme son nom l'indique, n'est pas vivante.
Le latin en est un bon exemple. C'est une langue qui n'est plus un véhicule de communication. Certes, on peut lire des grandes oeuvres écrites dans cette langue, lire la Bible en latin ou "Les confessions" de Saint-Augustin, voire dire la messe dans un bon latin comme le font les catholiques traditionalistes, mais cela reste dans un espace restreint ou privé, hors de l'échange social. On parle de langue morte car son vocabulaire et sa grammaire sont pratiquement figés d'être soustraits au travail de modification qu'imprime dans une langue vivante la communication dans l'échange social.
Et une société morte, qu'est-ce donc ? Quoique la comparaison ne soit pas raison, il est permis de s'inspirer de la langue morte pour en parler. Il est des sociétés qui sont régies par des lois et rituels immuables, réfractaires à toute innovation. Toute nouveauté y est ramenée à des référents et canons millénaires inébranlables qui tendent vers l'atemporel. Elles fonctionnent dans le vertigineux répétitif de l'ancestral. Inutile d'aller chercher ces sociétés dans l'arrière-pays de l'Afghanistan, elles sont bien contemporaines, elles peuvent user de la plus haute des technologies tout en restant dans leurs mœurs ringardes pour ne pas dire rétrogrades, tant et si bien qu'elles font cohabiter la numérisation au QR code avec des règles sociétales codées depuis Mathusalem.
Il ne s'agit pas ici de ranger dans le règne de la mort toute tradition et valeur ancestrale à dessein de les jeter aux orties, elles doivent en revanche, c'est souhaitable, lâcher, telle une fusée, quelques-uns de leurs étages pour se propulser vers l'inconnu et d'autres univers culturels, avec la curiosité comme carburant et la soif de l'altérité comme horizon. Une société vivante est, à l'instar des langues vivantes, une société qui prête et emprunte aux autres sociétés autant des valeurs que des modes de vie, qui prend le risque de changer jusqu'à bousculer la syntaxe de certains de ses fondamentaux devenus anachroniques.
Oui, il faut partir à l'aventure chercher désespérément des extra-culturels, en espérant qu'ils ne nous ressemblent pas.).


A. Wamara
26 mars 2023