par A. Wamara
23 avril 2023
Regardez la photo postée ci-contre. Non, vous n’êtes pas chez Lucy de Hadar,
mais bien en Algérie après 132 ans de Französische colonisation positive
. Au centre, sous l’autel de pierre, se trouve
au dessus du kanoun un couscoussier en terre cuite qui tient en équilibre (ou presque)
sur des morceaux de terre non moins cuite, qu’on appelle « iniyen ».
Le kanoun, un trou rudimentaire de 40 cm de diamètre, se pratiquait à même le sol au pied d'un mur de la pièce principale,
souvent l’unique pièce de la maison. S’il mérite de figurer dans le bréviaire de mes nostalgies, c’est parce qu’il résume à lui-seul l’âme de la famille (« foyer » ne signifie-t-il pas aussi « famille »?).
Le kanoun était d’abord un chauffe-aliments, donc nourricier. Le couscoussier qu’il noircissait après mille usages était comme un membre de la famille.
C'est d'ailleurs un ustensile dont s'emparent maintes métaphores. Le Kanoun était un lieu de culture puisqu'on écoutait les contes la nuit en s'y chauffant rassemblés tout autour.
Son feu pouvait servir de barbecue, de chauffe-pieds et mains qui se gelaient durant les hivers rudes (on marchait pieds nus
).
C’était aussi bien un chauffage central qu’un chauffage ambulant (on transportait ses braises dans une écuelle pour se réchauffer dans une autre pièce).
C’était un sèche-linge (j’ai encore le souvenir de femmes debout, les pieds posés des deux côtés du kanoun, jambes écartées,
se séchant la gandoura mouillée au retour de la cueillette des olives un jour d’automne pluvieux).
Je crois même que les braises éteintes du kanoun entraient dans les concoctions imparables des sorcières
.
Bref, kanoun is multi-tâches.
Mais, surtout, n’oublions pas que l’allumage du feu était une tâche réservée aux femmes. Parfois, en s’acharnant à souffler sur les braises pour les attiser,
les femmes enfumaient toute la maisonnée et provoquaient un concert de toux et de picotements dans les yeux. Je sais maintenant pourquoi elles le
faisaient avec tant d’ardeur, c’était pour chasser au-dehors les hommes qui se vautraient dans le coin en lissant leurs moustaches
grossièrement taillées. Chahh !
