Mam rit !

par A. Wamara
22 juillet 2023



J'ai coutume de prononcer le nom "Mammeri"* en l'effeuillant en "Mam rit". Il m'a toujours semblé que le hasard de ces deux sonorités réunies rend justice à cet écrivain qui s'est éveillé au monde au contact des mamans pince-sans-rire de la Colline. La finesse et la causticité de son humour, il les doit sans doute à ces femmes qui disent peu et signifient beaucoup. C'est pourquoi, aux attaques dont il a eu à souffrir, Mammeri a pour habitude de riposter en usant d'un humour façon estocade, petites piques dures à l'esquive, à l'issue mortelle pour son contradicteur qui se fie trop aux cornes qu'on lui a arrangées. En voici une de ses pépites : "Le ridicule, hélas ! ne tue plus personne : la preuve en est que M. Sahli est bien vivant". Je ne sais pas ce que cette pique provoque chez vous. Moi, à chaque fois que je la lis, ça me fait plier de rire à me désarticuler les zigomates et m'éclater la moitié de la rate. C'était une réplique bien ajustée de Mammeri (en 1953 !), en réponse à une critique tendancieuse de son roman, "La colline oubliée", par ce journaleux qui a lu "colon" dans "colline" et crié à la trahison des fondements hégiriens de la nation algérienne. On a plein de pépites mammeriques (homériques?) de ce genre. Il faut bien qu'un jour se décident ceux qui ont côtoyé de près l'écrivain de tirer de son oeuvre et de ses réparties un livre d'humour catharsique, un manuel de self-défense pour la jeunesse réduite à écouter des "intellectuels approximatifs" (l'expression est de Djaout). Qu'est-c' qu'on attend pour être heureux ...


* Écrivain et essayiste algérien (1917-1989).
Pour consulter sa bibliographie succincte, c'est ici



A. Wamara
22 juillet 2023